Annie Staricky à l’adresse de Jacques-Alain Miller

Annie Staricky à l’adresse de Jacques-Alain Miller

Remarques sur le débat du 2 février 2013 à propos des questions soulevées par le mariage homosexuel
Un laxisme avec les invariants de la structure du sujet …..
Ce fût un débat enseignant sur bien des points.

J’ai été étonnée que les repères de la structure du sujet soient, par des analystes, traités parfois avec un certain « laxisme ». C’est le mot qui m’est venu. Un laxisme avec les invariants de la structure, vous ai-je dit et ça vous a plu ! Vous m’avez invitée à en écrire quelques lignes.

Avant de déplier un peu ce point, je vous remercie d’avoir fait paraître mon texte, à la demande de Jean-Pierre Winter, dans Lacan Quotidien. C’est à la suite d’échanges fructueux avec lui , qu’il m’a proposé de venir à ce débat. Je le met donc en copie de ces remarques.

Je ne sais si vous avez lu mon texte, Mariage homosexuel, droit de l’enfant et fonction paternelle, où je distingue bien la dimension sociale, qui porte sur une égalité des droits sociaux pour les couples de même sexe, et la dimension de la structure subjective, telle que la psychanalyse nous permet de repérer comment elle se constitue pour l’enfant : dans une une filiation ordonnée par la différences des sexes, où le Nom- du- Père , d’interdire à l’enfant la jouissance de la mère ( interdit de l’inceste) lui permet de construire sa place et lui ouvre l’accès au désir.
Je distingue ainsi les formes sociales de la famille, leur évolution, de ce que j’appelle « les invariants de la structure du sujet  » :

* L’oedipe, la position sexuée et la différence des sexes :
Lacan, après Freud n’a jamais abandonné la référence à la structure de l’Oedipe et de la castration comme étape pour construire la position sexuée du sujet.
Quand il écrit en 1971 les quanteurs de la sexuation, il présente une écriture logique de la castration, où la différence des sexes s’écrit dans la différence d’inscription de chacun des sexes dans son rapport à la fonction phallique. Homme et femme ne sont pas représentés par des signifiants, mais par une différence d’inscription dans leurs rapports à la fonction phallique .
Différence d’inscription donc, et non rapport entre les sexes.
Or j’ai été frappée d’entendre dire, au cours du débat du 2 février , que ceux qui défendaient la différence des sexes, c’était pour faire exister le rapport sexuel !
J’ai eu aussi l’impression que cet énoncé de Lacan : « il n’y a pas de rapport sexuel, qui s’écrive dans l’inconscient » (cité à demi, sans «qui s’écrive dans l’inconscient») semblait être utilisé en opposition à la différence des sexes (?) et justifier que cette différence des sexes soit mise en question dans son fondement ? Qu’est-ce à dire ?
Une incise, ici : on peut noter dans le débat de société à l’oeuvre, que ce sont les représentants des cultes et la droite qui, principalement, soutiennent l’importance de la différences des sexes dans la parenté ! Préoccupant ! La gauche de l’hémicycle, au nom de la modernité, leur abandonne la question et met en opposition l’amour et les repères de la filiation, au prix d’un déni de l’importance de la différence des sexes dans la filiation ! – Heureusement quelques figures de gauche ne tombent pas dans cet écueil (entre autres, Guigou, Agazinscki …..)

* Le Nom du Père et les Noms du Père
Quant au fil du Nom du Père, qui court tout au long de son enseignement, Lacan va précisément , à partir de la clinique, repérer les Noms du Père, dès 1963, pour écrire en 1975, avec le 4ème rond du noeud boromméen, la fonction d’un Nom-du-Père réel, qui implicite l’oedipe, et la castration . Il n’abandonne jamais la référence au Nom-du-Père, signifiant, de la métaphore paternelle, qui noue les identifications du sujet.
C’est ce qui lui faire dire d’ailleurs, toujours en 1975, qu’il s’agit, tout particulièrement en fin de cure, de se passer du Nom- du- Père ….à condition de s’en servir!
Si les Noms du Père ouvrent un chapitre essentiel concernant les modes de suppléance possibles pour qu’un sujet se construise, je ne pense pas que ce chapitre conduise à renoncer au Nom-du Père de la métaphore paternelle pour autant.
Quand Lacan, dites-vous dans votre article (Lacan Quotidien), évoque le fait, qu’à vouloir « sauver le père », Freud a apporté de l’eau au moulin de l’église : soit, mais je ne pense pas qu’on puisse en déduire d’aucune façon que le Nom-du-Père soit d’un ressort religieux…..ni chez Freud, ni chez Lacan. – Or, dans le débat, vous avez semblé dire que Lacan, en pluralisant les Noms du Père avait arraché le Nom du Père au religieux ….. Est-ce à sous-entendre que le Nom-du-Père serait d’essence religieuse ?
La lecture que Jean-Pierre Winter nous a proposée au cours du débat était très éclairante à ce titre : Lacan se sert de la référence aux textes religieux dans son élaboration du Nom-du Père et des Noms du Père : il s’en sert, dans le discours analytique, et non dans une «position religieuse» !
* L’objet a, cause du désir
Etonnée aussi par les propos sur « la production industrielle des objets a » qu’évoquerait Lacan – dans La Troisième, je crois- production qui devrait conduire à ce que la psychanalyse « s’adapte » (!) aux effets d’immixion de la science dans notre société ….. Ai-je bien compris ?
Je retiendrais plutôt que Lacan nous indique, dans La Troisième, en 1974, que le réel de la civilisation, sous les effets de réel du discours de la science, prendra le mors aux dents et que le psychanalyse a à contrer ce réel, qui vient à l’encontre du rapport au sujet au réel, celui de son désir . Contrer le réel, oui, mais que la psychanalyse « s’adapte » à ce réel, non !
* Dégénérescence du Nom-du-Père ……
Enfin, je terminerai sur des propos de Lacan, qui me sont chers, dans la leçon du 9 avril 1974 ( Les non dupes errent), où il anticipe que, sous les effets de réel du discours de la science, nous serons confrontés à «une dégénérescence du Nom-du- Père» et donc à une «psychotisation» de la société .

Je crois que nous y sommes ! Faire sauter, qui plus est par une loi, la dimension hétérosexuelle de la parenté pour un enfant, c’est favoriser une situation «psychotisante» : comment fera cet enfant, privé ou de père ou de mère, dans une union qui dément la différence sexuée ?
Je ne crois pas du tout au bien-fondé d’une telle situation, ni au fait que des suppléances puissent s’inventer, de façon magique, pour pallier à un rejet voire à une forclusion de la différence sexuée. Je tiens à faire partie des quelques -un(e)s qui auront soutenu ce point de vue.
Annie Staricky

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