Mouvement du Coût Freudien

Rester vivant avec la maladie

Jérôme Alric, psychologue, psychanalyste, a dirigé un ouvrage collectif: « Rester vivant avec la maladie », sous- titré: « clinique psychanalytique en cancérologie et en soins palliatifs » (éditions Eres). Il a été invité par le MCF, aux journées de Septembre 2015 (consacrées à la place faite ou laissée au corps dans le dispositif analytique; voir le programme complet des journées à la rubrique « Annonces ») avec 4 des personnes qui ont participé à l’écriture de ce livre.
Ce sont leurs 5 interventions qui vont suivre en commençant par celle de Jérôme Alric.

1 – Jérôme Alric
Je tiens tout d’abord à remercier Moufid Assabgui et le Mouvement du Coût freudien pour cette invitation. C’est l’occasion, pour moi, pour nous, de parler autour de l’ouvrage : « Rester vivant avec la maladie. Clinique psychanalytique en cancérologie et en soins palliatifs », collectif d’auteurs paru chez erès dans la collection l’Ailleurs du corps, en mai 2015.
Je dois vous dire que la proposition de Moufid m’a mis au travail de façon tout à fait particulière du côté d’un après-coup de l’écriture. Ainsi, ce que je vais exposer aujourd’hui est à entendre comme une reprise plus globale de mes travaux et de ma pensée plutôt qu’un simple reflet de mes textes contenus dans l’ouvrage.

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Séminaire du 24 Janvier 2015

Après les évènements qui viennent de bouleverser la France en général et la communauté analytique en particulier avec le meurtre de l’analyste Elsa Cayat, Jean Pierre Winter a donné un tour différent à ce séminaire montpelliérain.

En effet il n’a pas repris tout à fait le fil de ses derniers exposés mais il a mis son interprétation des faits en rapport avec la pensée freudienne, celle de « Malaise dans la civilisation » et du mot d’esprit mais aussi avec ce que dit Freud sur « l’interdit de la représentation ».

De plus son exposé a été suivi par des prises de parole dans la salle.

C’est en raison de la forme exceptionnelle de ce séminaire et de la pertinente et originale interprétation que fait Jean Pierre Winter des évènements que nous le publions cette fois-ci « en audio » dans son intégralité.

 

Séminaire du 13 Décembre 2014

A propos de la différence des sexes, Geneviève Morel disait que c’était une affaire de signifiant. Puisqu’on dit : « c’est un garçon » ou « c’est une fille », le sexe dépendrait alors de ce qui est dit.

Si tel était le cas, Lacan aurait été délirant. Il n’aurait pas pris en compte le réel des corps. A la naissance d’un bébé, on ne dit pas seulement : c’est un garçon ou une fille. On dit aussi : il est vivant ou il est mort.

Cette suprématie de la parole par rapport au registre du réel des corps est une dérive. Pour Lacan ce qui importe c’est le nouage RSI, avec un accent sur le Réel à la fin de son élaboration. (suite…)

Séminaire du 18 Octobre 2014

Suite sur la subversion de la psychanalyse à la jonction de l’individuel et du collectif.

 

Dans « Psychologie collective et analyse du moi », Freud fait remarquer que le collectif commence avec la relation amoureuse : le bébé avec sa mère ou avec son père et une fois adulte, il articule sa relation au collectif dans la relation amoureuse. Dans le groupe amoureux, le lien est une mise sous hypnose. Ce qui ressort du texte de Freud entre l’individuel et le collectif, c’est la question du désir que reprend Lacan dans les formules : « le désir de l’hystérique, c’est le désir de l’Autre » ; « l’inconscient, c’est le social… C’est le politique ».

« Avoir l’humanité comme patient », l’ensemble de l’œuvre freudienne en témoigne : histoire, art, politique, tous les champs sont balayés par Freud.

Les psychanalystes qui disent qu’ils n’ont à s’occuper que de ce qui se passe sur leurs divans se trompent. (suite…)

GPA Revue parlementaire

Par Jean Pierre WinterTexte paru dans la Revue Parlementaire

La blessure de l’abandon est impossible à cicatriser, tant chez l’enfant que chez la mère. Elle fonctionne comme une amputation bilatérale du Moi. Les adoptions les plus réussies ne parviennent pas à effacer la trace consciente et inconsciente de cet évènement, car cela reviendrait pour le psychisme de l’enfant comme celui de la mère à devoir renoncer à une partie de lui-même. Que penser lorsque cette séparation n’est pas le résultat d’un drame de la vie dont la société tente de limiter les effets dévastateurs par l’adoption, mais qu’elle est programmée ? Sachant cela, il relève de notre responsabilité de ne pas autoriser une pratique dont l’enfant sera la victime et de ne pas voter une loi qui ne lui permettra jamais aucun recours. Une telle loi en tant qu’elle organise socialement et politiquement l’accident est le contraire d’une loi, c’est ce qu’on appelle une loi scélérate ! Certes l’humain n’est pas réductible à ses liens biologiques, et nombreux sont les adoptés qui paraissent aller bien. C’est cependant parfois au prix d’un déni, lequel, s’il leur permet de s’adapter aux exigences de leurs proches ou de la société, ne peut pas empêcher leur inconscient de venir se manifester, en particulier au moment des séparations. Le débat en cours n’oppose pas des médecins progressistes à des médecins réactionnaires. Ceux qui se laissent aller à cette réduction se trompent de scène. L’enjeu, comme traditionnellement en obstétrique, c’est l’intérêt de la mère face à celui de l’enfant, soit ici l’intérêt des divers adultes face à celui d’un bébé à naître.
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Séminaire du 29 Mars 2014

Jean Pierre Winter introduit ce séminaire par une longue citation de P.H. Castel (tome II de  «  La fin des coupables » édition Ithaque p. 313) de laquelle il va se démarquer pour démontrer que tout ce discours sur l’autonomie est complètement contraire à l’enseignement de la clinique analytique.

Il se réfère à Lacan dans « L’envers de la psychanalyse » : « J’ai souvent insisté sur ceci que nous sujet supposé savoir ne savons pas grand chose ».

L’analyste dit : « Allez y ! Dites n’importe quoi ! Ce sera merveilleux. »

Et le transfert se fonde sur ceci qu’il y a un type qui à moi pauvre con, me dit de me comporter comme si je savais de quoi il s’agissait.

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Séminaire du 14 Janvier 2014

 Jean Pierre Winter poursuit sur la question de la vérité puis sur le rapport de la vérité au savoir.

La position de la psychanalyse est difficilement cernable. Pour Freud, il faut aimer la vérité et avoir le courage de la dire. Pour Lacan, il faut apprendre à ceux qui viennent nous voir à aimer la vérité.

Mais la vérité est un piège car il ne faut pas croire que pour la psychanalyse ce serait le fin du fin.

Pour Lacan, il y a une place pour la vérité ; le psychanalyste peut dire le vrai. Mais la question est de savoir qu’est-ce qui se passe à la place de la vérité : là où la vérité a sa place, est à sa place, il peut y avoir le mensonge.

Les quatre discours sont différents les uns des autres ; à la place de la vérité, on ne va pas trouver la même chose.

Le but n’est pas de dire la vérité. Comme psychanalyste, nous n’avons pas à juger de la place mensongère de celui qui parle. C’est très important sur le plan clinique. (suite…)

Audition devant la commission de la réforme de la famille et de la filiation

Sous la présidence d’Irène Théry
Jean Pierre Winter – Le 18 Novembre 2013 –

Dans la mesure du possible, je laisserai de côté la question de l’homoparenté. Je me suis déjà beaucoup prononcé là-dessus et je n’ai pas envie de me répéter. Cela étant dit, s’il faut malgré tout y revenir, je suis tout à fait disposé à répondre à d’éventuelles questions. De toute façon, bon nombre des points que j’ai prévus d’aborder ici relèvent encore d’une analyse critique des conséquences de la nouvelle loi en matière de filiation.

Sachant que la psychanalyse n’est, selon moi, ni une anthropologie, ni une sociologie, ni une doctrine politique, la première difficulté que je rencontre dans la situation qui est la mienne aujourd’hui, c’est de parvenir à faire entendre et à faire reconnaître, sans savoir ce qui pourra bien advenir de ce que je vais dire, la voix singulière et le point de vue absolument spécifique du psychanalyste.
Le psychanalyste, c’est en effet celui qui, pour parler d’un certain nombre de questions, tente de s’appuyer sur son expérience clinique, un terme probablement discutable qui renvoie toutefois à un fait tout à fait fondamental : le psychanalyste, c’est celui qui se donne du temps et même beaucoup de temps, pour savoir ce que les gens pensent, souhaitent, désirent vraiment et pour élucider les ressorts de leurs aliénations. Beaucoup de temps, cela veut dire qu’avant qu’une opinion n’émerge et ne s’établisse à propos du désir de quelqu’un, à propos surtout de sa genèse, il peut se passer une dizaine d’années, à raison de trois séances hebdomadaires.

Il y a donc d’emblée une distinction à faire entre le savoir du psychanalyste et celui du sociologue. Les résultats, pour ainsi dire, de l’enquête psychanalytique ne sont pas comparables à ceux de l’enquête sociologique où l’on demande aux gens : que pensez-vous de telle ou telle situation ? Comment voyez-vous les choses ?, etc. Non que ce type d’investigation soit sans valeur, elle a son utilité et sa pertinence, mais elle est néanmoins d’un autre ordre parce que la psychanalyse est, pour reprendre le mot de Paul Ricoeur, une discipline du « soupçon »(1).
Autrement dit, les énoncés qu’on y accueille n’y sont pas pris au pied de la lettre, même si c’est aussi avec une grande attention à la lettre qu’on les écoute, sans toujours savoir quoi en faire d’ailleurs dans un premier temps. (suite…)

Faire-naître

Sur la question de l’homoparentalité, l’intéressant article de Jacquelyne Poulain-Colombier : « Faire naître » à consulter sur son site.

L’article a été écrit en 2 temps (Décembre 2012 et Février 2013) : Le site de Jacquelyne Poulain-Colombier

 

Annie Staricky à l’adresse de Jacques-Alain Miller

Remarques sur le débat du 2 février 2013 à propos des questions soulevées par le mariage homosexuel
Un laxisme avec les invariants de la structure du sujet …..
Ce fût un débat enseignant sur bien des points.

J’ai été étonnée que les repères de la structure du sujet soient, par des analystes, traités parfois avec un certain « laxisme ». C’est le mot qui m’est venu. Un laxisme avec les invariants de la structure, vous ai-je dit et ça vous a plu ! Vous m’avez invitée à en écrire quelques lignes.

Avant de déplier un peu ce point, je vous remercie d’avoir fait paraître mon texte, à la demande de Jean-Pierre Winter, dans Lacan Quotidien. C’est à la suite d’échanges fructueux avec lui , qu’il m’a proposé de venir à ce débat. Je le met donc en copie de ces remarques.
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Mariage homosexuel, droit de l’enfant et fonction paternelle

Annie Staricky, psychanalyste, Paris, annie.staricky@free.fr
Rédigé avec le concours de :
  ♦ Caroline Arène, avocate au Barreau de Paris, pour les questions relatives au droit de la famille , caroline.arene@wanadoo.fr
  ♦ D’un groupe de réflexion à l’IHFB (Institut hospitalier franco-britannique) de Levallois-Perret (92) : Dominique Champetier de Ribes, médecin-chef de service de médecine interne,
Annick Champetier de Ribes, diététicienne, Frédérique Cohen, médecin, David Giely, médecin, Christine Jockey, médecin, Sylvie Pihouée, infirmière, Delphine Rouchou-Bloch, médecin, Marie-Hélène Tügler, médecin.
Ce texte a été écrit en décembre 2012 et fût transmis au Conseiller de l’Elysée.

I – Le contexte social, juridique et psychologique

a) Contexte social : la reconnaissance sociale du couple homosexuel

L’actualité d’une législation relative au couple homosexuel indique que la stigmatisation qui frappait l’homosexualité est en voie de régression. C’est un fait positif, qui doit être salué.
En 1999, un nom différent du mariage, le pacs, a été proposé pour l’union homosexuelle, mais avec des droits sociaux restreints : la reconnaissance sociale de l’union était donc acquise, mais portait la marque d’une inégalité au niveau des droits sociaux, ce qui explique la revendication de grande ampleur, y compris au niveau européen, pour obtenir une égalité légitime au niveau de ces droits sociaux.
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Weltanschauung, religion, médecine et ″Big Mother″

Exposé de Jacques Ascher aux journées de Septembre 2013

« Tu ne meurs pas de ce que tu es malade, tu meurs de ce que tu es vivant ».
Montaigne Essais, livre III, chapitre XXI.

« C’est d’abord parce que les hommes se sentent malades qu’il y a une médecine ».
Georges Canguilhem Le Normal et le Pathologique.

« La religion est le soupir de la créature accablée, le cœur d’un monde sans cœur, l’esprit d’une époque sans esprit. Elle est l’opium du peuple ».
Karl Marx

Weltanschauung

« Weltanschauung » est un substantif allemand quasi intraduisible issu du verbe « anschauen » renvoyant au fait de regarder, observer, contempler quelque chose, en l’occurrence ici le monde, ses énigmes, ses lacunes, ses fonctionnements difficiles à saisir. Il s’agit d’effectuer « die Weltansicht » déterminant une vision globale de l’homme dans le monde.
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Séminaire du 7 Décembre 2013

Parler, si cela ne s’inscrit pas, cela ne compte pas.
Qu’est-ce qu’un acte juridique ?

Nos sociétés sont de l’écrit. L’écrit fait lien dans la mémoire collective.
Ainsi sans acte de naissance, on n’existe pas. L’acte de mariage est différent du vivre ensemble ; le lien symbolique est mis en cause.

Il est nécessaire, dans une société comme la nôtre que les choses soient écrites. L’acte juridique témoigne de l’alliance des dimensions du symbolique, de l’imaginaire et du réel.
Après cette brève introduction sur l’importance de la trace écrite pour souligner l’écart entre la parole et l’acte, Jean Pierre Winter repend la fin du séminaire précédent : Foucault, Nietzche par rapport aux philosophes grecs sur la question de la vérité.
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Séminaire du 13 Octobre 2013

Reprise et suite de la question : En quoi la psychanalyse reste-elle une discipline subversive ?

Il va s’agir d’articuler cette question d’un point de vue philosophique et psychanalytique(clinique et théorique).

Si l’on compare les différentes formes de psychothérapies par rapport à la psychanalyse, il faut réajuster certains arguments un peu éculés, tels que :

  ♦ « Soigner par la psychothérapie produit des effets immédiats mais conduit au pire. » (Lacan)
  ♦ La peinture (psychothérapie) qui ajoute ; la sculpture (psychanalyse) qui retranche.
  ♦ L’intérêt pour le sujet disparait avec les protocoles psychothérapeutiques…

Dans tous ces débats, on ne parle plus d’une chose fondamentale : la question de la vérité.
Le problème c’est que le statut de la vérité n’est pas le même pour la psychanalyse que pour les neurosciences.
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Sénat audition Jean Pierre Winter

Le 13 février 2013, Jean Pierre Winter a été auditionné au Sénat.

Audition de Jean Pierre Winter (psychanalyste) auprès de la commission des lois de l’assemblée nationale

Ce texte est aussi disponible en téléchargement sur le lien :  Travaux en commission

Travaux en commission: Audition de Jean Pierre Winter (psychanalyste) auprès de la commission des lois de l’assemblée nationale sur le projet de loi visant à ouvrir le mariage et l’adoption aux couples du même sexe (15 novembre 2012)

Monsieur le Rapporteur,
Mesdames, Messieurs les députés,

« S’il y a adoption par un couple homosexuel,
l’enfant va avoir deux pères ou deux mères.
Il y a donc une sorte de dénégation de la différence des sexes.
Or, l’humanité est sexuée ; c’est ainsi qu’elle se reproduit.
Comment, et surtout pourquoi nier cela ? »
Irène Théry, in Le Nouvel Observateur (1998)

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Sexuation et filiation: crise du symbolique? Homophobie?

Débat J.P. Winter, C. Rabant du 22 Janvier 2011 au Cercle Freudien.

La retranscription intégrale du débat est disponible en téléchargement sur ce lien: débat Rabant/Winter au CF

 

Qui pour me soulager de mon acte ? De la place de l’homme à l’embryon.

par Annie Ascher – Texte présenté aux journées de Mars 2011 –

version .doc téléchargeable : De la place de l’homme à l’embryon A.Ascher

Résumé:

En 1987 un groupe de soignants du C.H.R.U. de Lille ,désorientés par  les progrès récents de la technoscience médicale s’interroge sur les effets de la P.M.A.
Bien que la femme ait une place prédominante lors de ce parcours éprouvant ,ce groupe questionne la place de l’homme et/ou du père lors de cette procréation hors sexe.Emerge la question :qu’est-ce que la guérison en matière de stérilité?
Le médecin est ,de plus en plus,mis en demeure de traiter des malades en tentant de les guérir, ou plutôt ,hélas, de rectifier ce qui fait défaut.Cette dernière démarche est sous-tendue par l’illusion de la toute-puissance thérapeutique démentie par la rencontre avec la catégorie de  l’impossible.pointe alors la différence structurelle entre le symptôme conçu par la médecine et le symptôme psychanalytique, voire le sinthome .
Enfin serait-il encore possible  en 2012 d’animer un tel groupe  en milieu hospitalier en proposant une réflexion interrogative se référant à l’Inconscient freudien?

(suite…)

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