2014 janvier

Audition devant la commission de la réforme de la famille et de la filiation

Sous la présidence d’Irène Théry
Jean Pierre Winter – Le 18 Novembre 2013 –

Dans la mesure du possible, je laisserai de côté la question de l’homoparenté. Je me suis déjà beaucoup prononcé là-dessus et je n’ai pas envie de me répéter. Cela étant dit, s’il faut malgré tout y revenir, je suis tout à fait disposé à répondre à d’éventuelles questions. De toute façon, bon nombre des points que j’ai prévus d’aborder ici relèvent encore d’une analyse critique des conséquences de la nouvelle loi en matière de filiation.

Sachant que la psychanalyse n’est, selon moi, ni une anthropologie, ni une sociologie, ni une doctrine politique, la première difficulté que je rencontre dans la situation qui est la mienne aujourd’hui, c’est de parvenir à faire entendre et à faire reconnaître, sans savoir ce qui pourra bien advenir de ce que je vais dire, la voix singulière et le point de vue absolument spécifique du psychanalyste.
Le psychanalyste, c’est en effet celui qui, pour parler d’un certain nombre de questions, tente de s’appuyer sur son expérience clinique, un terme probablement discutable qui renvoie toutefois à un fait tout à fait fondamental : le psychanalyste, c’est celui qui se donne du temps et même beaucoup de temps, pour savoir ce que les gens pensent, souhaitent, désirent vraiment et pour élucider les ressorts de leurs aliénations. Beaucoup de temps, cela veut dire qu’avant qu’une opinion n’émerge et ne s’établisse à propos du désir de quelqu’un, à propos surtout de sa genèse, il peut se passer une dizaine d’années, à raison de trois séances hebdomadaires.

Il y a donc d’emblée une distinction à faire entre le savoir du psychanalyste et celui du sociologue. Les résultats, pour ainsi dire, de l’enquête psychanalytique ne sont pas comparables à ceux de l’enquête sociologique où l’on demande aux gens : que pensez-vous de telle ou telle situation ? Comment voyez-vous les choses ?, etc. Non que ce type d’investigation soit sans valeur, elle a son utilité et sa pertinence, mais elle est néanmoins d’un autre ordre parce que la psychanalyse est, pour reprendre le mot de Paul Ricoeur, une discipline du « soupçon »(1).
Autrement dit, les énoncés qu’on y accueille n’y sont pas pris au pied de la lettre, même si c’est aussi avec une grande attention à la lettre qu’on les écoute, sans toujours savoir quoi en faire d’ailleurs dans un premier temps. (suite…)

Faire-naître

Sur la question de l’homoparentalité, l’intéressant article de Jacquelyne Poulain-Colombier : « Faire naître » à consulter sur son site.

L’article a été écrit en 2 temps (Décembre 2012 et Février 2013) : Le site de Jacquelyne Poulain-Colombier

 

Annie Staricky à l’adresse de Jacques-Alain Miller

Remarques sur le débat du 2 février 2013 à propos des questions soulevées par le mariage homosexuel
Un laxisme avec les invariants de la structure du sujet …..
Ce fût un débat enseignant sur bien des points.

J’ai été étonnée que les repères de la structure du sujet soient, par des analystes, traités parfois avec un certain « laxisme ». C’est le mot qui m’est venu. Un laxisme avec les invariants de la structure, vous ai-je dit et ça vous a plu ! Vous m’avez invitée à en écrire quelques lignes.

Avant de déplier un peu ce point, je vous remercie d’avoir fait paraître mon texte, à la demande de Jean-Pierre Winter, dans Lacan Quotidien. C’est à la suite d’échanges fructueux avec lui , qu’il m’a proposé de venir à ce débat. Je le met donc en copie de ces remarques.
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Mariage homosexuel, droit de l’enfant et fonction paternelle

Annie Staricky, psychanalyste, Paris, annie.staricky@free.fr
Rédigé avec le concours de :
  ♦ Caroline Arène, avocate au Barreau de Paris, pour les questions relatives au droit de la famille , caroline.arene@wanadoo.fr
  ♦ D’un groupe de réflexion à l’IHFB (Institut hospitalier franco-britannique) de Levallois-Perret (92) : Dominique Champetier de Ribes, médecin-chef de service de médecine interne,
Annick Champetier de Ribes, diététicienne, Frédérique Cohen, médecin, David Giely, médecin, Christine Jockey, médecin, Sylvie Pihouée, infirmière, Delphine Rouchou-Bloch, médecin, Marie-Hélène Tügler, médecin.
Ce texte a été écrit en décembre 2012 et fût transmis au Conseiller de l’Elysée.

I – Le contexte social, juridique et psychologique

a) Contexte social : la reconnaissance sociale du couple homosexuel

L’actualité d’une législation relative au couple homosexuel indique que la stigmatisation qui frappait l’homosexualité est en voie de régression. C’est un fait positif, qui doit être salué.
En 1999, un nom différent du mariage, le pacs, a été proposé pour l’union homosexuelle, mais avec des droits sociaux restreints : la reconnaissance sociale de l’union était donc acquise, mais portait la marque d’une inégalité au niveau des droits sociaux, ce qui explique la revendication de grande ampleur, y compris au niveau européen, pour obtenir une égalité légitime au niveau de ces droits sociaux.
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Weltanschauung, religion, médecine et ″Big Mother″

Exposé de Jacques Ascher aux journées de Septembre 2013

« Tu ne meurs pas de ce que tu es malade, tu meurs de ce que tu es vivant ».
Montaigne Essais, livre III, chapitre XXI.

« C’est d’abord parce que les hommes se sentent malades qu’il y a une médecine ».
Georges Canguilhem Le Normal et le Pathologique.

« La religion est le soupir de la créature accablée, le cœur d’un monde sans cœur, l’esprit d’une époque sans esprit. Elle est l’opium du peuple ».
Karl Marx

Weltanschauung

« Weltanschauung » est un substantif allemand quasi intraduisible issu du verbe « anschauen » renvoyant au fait de regarder, observer, contempler quelque chose, en l’occurrence ici le monde, ses énigmes, ses lacunes, ses fonctionnements difficiles à saisir. Il s’agit d’effectuer « die Weltansicht » déterminant une vision globale de l’homme dans le monde.
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Séminaire du 7 Décembre 2013

Parler, si cela ne s’inscrit pas, cela ne compte pas.
Qu’est-ce qu’un acte juridique ?

Nos sociétés sont de l’écrit. L’écrit fait lien dans la mémoire collective.
Ainsi sans acte de naissance, on n’existe pas. L’acte de mariage est différent du vivre ensemble ; le lien symbolique est mis en cause.

Il est nécessaire, dans une société comme la nôtre que les choses soient écrites. L’acte juridique témoigne de l’alliance des dimensions du symbolique, de l’imaginaire et du réel.
Après cette brève introduction sur l’importance de la trace écrite pour souligner l’écart entre la parole et l’acte, Jean Pierre Winter repend la fin du séminaire précédent : Foucault, Nietzche par rapport aux philosophes grecs sur la question de la vérité.
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Séminaire du 13 Octobre 2013

Reprise et suite de la question : En quoi la psychanalyse reste-elle une discipline subversive ?

Il va s’agir d’articuler cette question d’un point de vue philosophique et psychanalytique(clinique et théorique).

Si l’on compare les différentes formes de psychothérapies par rapport à la psychanalyse, il faut réajuster certains arguments un peu éculés, tels que :

  ♦ « Soigner par la psychothérapie produit des effets immédiats mais conduit au pire. » (Lacan)
  ♦ La peinture (psychothérapie) qui ajoute ; la sculpture (psychanalyse) qui retranche.
  ♦ L’intérêt pour le sujet disparait avec les protocoles psychothérapeutiques…

Dans tous ces débats, on ne parle plus d’une chose fondamentale : la question de la vérité.
Le problème c’est que le statut de la vérité n’est pas le même pour la psychanalyse que pour les neurosciences.
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