Séminaire du 18 Octobre 2014

Séminaire du 18 Octobre 2014

Suite sur la subversion de la psychanalyse à la jonction de l’individuel et du collectif.

 

Dans « Psychologie collective et analyse du moi », Freud fait remarquer que le collectif commence avec la relation amoureuse : le bébé avec sa mère ou avec son père et une fois adulte, il articule sa relation au collectif dans la relation amoureuse. Dans le groupe amoureux, le lien est une mise sous hypnose. Ce qui ressort du texte de Freud entre l’individuel et le collectif, c’est la question du désir que reprend Lacan dans les formules : « le désir de l’hystérique, c’est le désir de l’Autre » ; « l’inconscient, c’est le social… C’est le politique ».

« Avoir l’humanité comme patient », l’ensemble de l’œuvre freudienne en témoigne : histoire, art, politique, tous les champs sont balayés par Freud.

Les psychanalystes qui disent qu’ils n’ont à s’occuper que de ce qui se passe sur leurs divans se trompent.

 

Qu’est-ce que c’est que d’être sujet de son désir ? Jusqu’où est-on autonome par rapport à la société, à l’autre ? (Voir référence à P.H. Castel dans le dernier séminaire)

Ce que le désir veut, ce n’est pas forcément de se réaliser, c’est d’être reconnu.

Que se passe-t-il quand son propre désir n’est pas reconnu par les autres et d’abord par soi-même ? C’est pour ça que les gens viennent nous voir : comment vais-je m’y prendre pour savoir ce que je veux ? Est-ce que mon désir est dans l’insistance ? Est-ce que la répétition est une insistance  ou pas ?

On a un repère clinique pour savoir si on se rapproche du désir, c’est quand il y a de l’angoisse. S’approcher de son désir met le moi en danger. Quand un sujet est angoissé, ça a au moins un avantage, c’est qu’il est désirant. C’est pourquoi la psychanalyse ne traite pas l’angoisse. Reconnaître le désir dans l’angoisse, ça l’apaise et c’est ça être dans l’autonomie.

 

Avec l’actualité de ce couple allemand, frère/sœur, qui a suscité un débat du conseil d’éthique sur la dépénalisation de l’inceste, on bascule là dans quelque chose qui va sûrement changer : « Se familiariser avec l’inceste » disait Freud.

Je ne suis pas favorable à ce que le tabou de l’inceste soit écrit dans la loi. C’est une loi au- dessus des lois (celle d’Antigone). L’inceste entre adultes consentants n’a donc pas à être pénalisé. Les adultes, on ne les punit pas pour l’inceste mais pour abus de violence exercée par personnes ayant autorité.

Dans le Lévitique, l’interdit s’adresse à l’enfant : « Tu ne coucheras pas avec ta mère»… … Pour t’humaniser. Pour s’humaniser, il faut renoncer à quelque chose.

Si cet interdit existe, c’est que le désir existe. Comment y renoncer ? Quelles formes de renoncement s’offrent au sujet ? Trois formes : 1 – L’attente d’une reconnaissance ; 2 – Le refus ; 3 – Le laisser-faire.

 

1 -Les ébats amoureux disent bien que le désir a besoin d’être reconnu avant d’être soutenu. L’attente de la reconnaissance du désir de l’autre, c’est ce qui fait la différence entre un viol et l’amour. Les violés sont coupés de leur corps. Qu’est-ce que ça veut dire : « je me suis coupé de mon corps » ? L’Autre c’est le corps ; ça veut dire je me suis coupé de l’Autre. C’est une coupure d’avec le symbolique. Dans le viol, pas le temps de « perlaborer » le désir de l’Autre.

 

2 – A la fin d’une analyse se pose la question : « est-ce que j’obéis ou est-ce que je désobéis au tyran que j’ai dans la tête  (une des formes du surmoi) ?

3 – Décider de se laisser faire, de s’abandonner au désir du tyran est une décision du sujet : je le laisse faire, je baisse les bras. On rentre alors dans un cycle qui est celui de la culpabilité et au-delà de la mélancolie (Freud, Deuil et Mélancolie).

Là où très précocement, le sujet aurait pu dire « non ! », il ne l’a pas fait par lâcheté… Au nom de l’amour de l’Autre, au nom de sa protection. Celui qui a su dire non, se porte mieux que celui qui a baissé les bras.

Toute la question est de savoir comment on va pouvoir cerner que celui qui a baissé les bras a pris une décision de lâcheté ou de subjectivation. Il a intériorisé l’objet qui l’a obligé et s’y identifie (« l’ombre de l’objet est tombé sur le moi »).

« Là où c’était, je dois advenir » : Du « je » doit advenir à la place où il n’y avait que du pulsionnel.

 

Dans les moments de mauvaise conscience, on ne peut pas dire que c’est quelque chose que l’on ressent. Ce n’est pas un fait d’expérience ordinaire la conscience de soi. Le moi, c’est le miroir aux alouettes, une somme d’illusions.

Alors c’est quoi le « Je » ?

Une toute autre configuration qui a à voir avec l’hypothèse que les processus inconscients ne sont jamais reconnus par quiconque comme engageant sa responsabilité. Par exemple, un lapsus.

Quand un sujet reconnaît que ça vient de lui, qu’il en est l’auteur et que ça advient par éclipse, alors c’est l’instance d’un « je » qu’il met en place ; se met en place un processus de subjectivation.

C’est le fameux « ça parle » de Lacan. « Un sujet dans le sujet ça parle » est la formule intégrale qui est paradoxale si on ne rapporte pas un sujet dans le sujet. C’est une hypothèse qui se reconduit à chaque fois ; il y a une reformulation permanente et les effets n’en sont pas forcément heureux.

L’objet de la psychanalyse n’est pas le sujet de l’inconscient. Il n’y a pas de sujet de l’inconscient, c’est une fiction théorique car il n’y a pas de continuité ; c’est par éclipse qu’il advient.

Tant qu’on n’a pas identifié le « ça » du « ça parle » et lui donner un nom qui est le « je », rien ne se passe dans une cure.

 

« Un signifiant est ce qui représente un sujet pour un autre signifiant ».

Si on change de signifiant, est-ce que ça représente toujours le même sujet ? Question à se poser liée à l’identité : identité nationale, sexuelle, humaine par rapport aux animaux (Elisabeth de Fontenay), religieuse et communautaire.

 

– La question de l’identité à soi-même –

 

L’adversaire déclarée de la psychanalyse, Hannah Arendt, arrive à des conclusions assez proches de celles obtenues par la psychanalyse. (Dans « Responsabilité et Jugement »)

« Tout ce qui existe parmi une pluralité de choses n’est pas seulement ce qui est dans son identité mais aussi ce qui est différent des autres choses. » Quand nous disons ce qu’est une chose, nous disons aussi ce qu’elle n’est pas. Toute détermination, comme disait Spinoza, est aussi une négation.

Chaque chose est la même que soi : une rose est une rose. Mais si dans mon identité étant un, je suis relié à moi (Je suis moi), je suis inévitablement deux en un.

Le « deux en un » est dialogue silencieux entre moi et moi-même. Ce que Socrate présuppose pour l’harmonie avec soi-même ne serait pas possible s’il n’y avait pas ce dialogue entre moi et moi-même. D’où la quête d’identité est futile.

Là, Hannah Arendt dit la même chose que la théorie analytique.

Le conscient ce n’est pas la même chose que l’inconscient. L’inconscient ce n’est que des pensées mais il faut la conscience pour penser. Or sans le langage il n’y a pas de pensées.

Un trauma, par exemple, s’inscrit doublement : une fois dans la conscience, une fois dans l’inconscient. Et c’est pour ça qu’il y a de l’équivoque : le point signifiant où la double inscription se rejoint.

La différence entre le mot et le mot lui-même, au croisement des deux chaînes (consciente et inconsciente) produit l’équivoque.

 

Hannah Arendt poursuit : on doit veiller à ce que les deux partenaires soient amis (dialogue socratique).

C’est une excellente définition d’un des buts poursuivi par la psychanalyse : créer une continuité entre conscient et inconscient. Une analyse, c’est un dialogue entre lui et lui-même, même s’il aspire à un dialogue entre lui et nous.

 

Hannah Arendt poursuit encore : « Si je commets une injustice, il vaut mieux que je la subisse moi plutôt que de la commettre. » Elle fait le lien avec Shakespeare dans Richard III ; devenant meurtrier, le fameux dialogue entre moi et moi-même, comment je vais le mener ?

Dans une note en bas de page de « L’homme aux rats », Freud se souvient  d’un autre patient qui après une dispute avec son frère voulut, de façon compulsive, se débarrasser de sa fortune, ne plus avoir affaire avec de l’argent. Or ce frère se prénommait Richard.

 

Je n’aspire pas à l’unité de moi-même mais à l’harmonie. Il est tout à fait impossible d’avoir une identité fixe, figée telle l’identité communautaire.

La psychanalyse permet de sortir d’une identité figée car pour la psychanalyse, l’identité relève de la coupure.

Toute personne qui a une identité trop marquée est inanalysable.

 

On pense rarement que l’autre est divisé. Il faut l’aimer beaucoup pour cela. D’habitude on croit qu’il est ce qu’il dit.

« J’aime les choses fêlées, c’est par là que la lumière entre »

 

Le lien d’Hannah Arendt avec Heidegger veut dire qu’elle ne s’est pas totalement identifiée au signifiant juif. Certains ont du mal à lui pardonner et diront qu’elle est dans la haine de soi. Elle est en fait entre les deux, ce qui lui donne une grande liberté pour passer d’une pensée à l’autre. Ce qui suscite la haine de ceux qui la veulent seulement juive ou seulement allemande.

 

Mais revenons à la subversion psychanalytique. Ce qui est reproché à Freud et à ses élèves, Abraham, Ferenczi, c’est d’avoir mis le sexuel au cœur du dispositif psychique et ça n’a pas changé. Dans les écrits des comportementalistes ou autres, la sexualité humaine est évacuée de leurs propos. Freud a portant fait savoir que la sexualité n’est pas au centre mais que d’autres valeurs toutes aussi importantes entrent en conflit avec elle. Ne pas dire «  tout est sexuel » (c’est le point commun de toutes les critiques adressées à la psychanalyse) mais interpréter les choses en terme de conflits.

Le psychisme est un champ de bataille où entrent en conflit la sexualité et d’autres valeurs du moi édifiées dans un autre temps. La psychanalyse n’est pas un pansexualisme !

Aucun individu ne se réduit à l’histoire de sa libido ; le but est d’arriver à pacifier le conflit de manière à ce que la pulsion ne soit pas en guerre avec le surmoi.

 

 

 

 

 

 

 

 

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